La parole, l’acteur, l’espace: le théâtre. La parole, celle qui honore, célèbre, crie, celle qui profère, brise les subordinations, désobéit. C’est elle, sa richesse, le vertige dans lequel elle nous plonge, qui est décisive quand vient le moment de programmer notre saison théâtrale. Une parole saisie par l’acteur qui la met en mouvement. Et nous voilà dans une danse. Danse des corps sur une scène d’un réalisme cru, ou au contraire sur le territoire d’une fantaisie burlesque, corps silencieux, parfois immobiles mais brûlants: les esthétiques et voix empruntées diffèrent, voilà l’intérêt de créer cet ensemble.
Que vont raconter ces interprètes? De vieilles rengaines, d’éternelles disputes, des fracas de revendications, drames ou parodies? Reflet et mémoire du monde.
Est-ce cette mémoire de l’homme qu’évoquait Strindberg lorsqu’il disait:
« L’âme de mes personnages est un conglomérat de civilisations passées et actuelles, de bouts de livres et de journaux, des morceaux d’hommes, des lambeaux de vêtements de dimanche devenus haillons, tout comme l’âme elle-même est un assemblage de pièces de toutes sortes. »
L’Écossais Harrower, les Suédois Strindberg et Norén, l’Irlandais McDonagh, l’Italien Celestini, les Français Sarraute, Vialatte, Granouillet, et de plus jeunes auteurs québécois: ces voix assemblées reflètent le désir de vous proposer un éventail de témoignages, de créations originales possédant chacune une esthétique propre. Ces choix témoignent de l’engagement de La Veillée et du Prospero envers le risque et la différence, composantes essentielles qui donnent véritablement sa raison d’être au travail des artistes, encourageant du même coup tous ceux, acteurs et spectateurs, qui sont à l’affût de découvertes stimulantes.
Très bonne saison théâtrale !
Carmen JOLIN
