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COVER_programme

Mot de la direction

Cette image d’un envol, en couverture du programme, d’un saut qui nous projette dans les énigmes et les défis complexes dont notre monde déborde, m’apparaît refléter cette résolution des artistes de traverser la fulgurante mêlée qui nous entoure.

Le théâtre témoignera de cette traversée, il en marquera les étapes. La saison 2013-2014 en fera un portrait.

 

La Veillée

C’est dans le jardin de Joyce Carol Oates que débute la saison de La Veillée. Oates, américaine des pieds à la tête, compose dans son œuvre imposante un portrait de la femme assurément féministe, mais certainement pas bien pensante ou simplement victime de notre société actuelle, au contraire. Dans La Preuve ontologique de mon existence, pièce qu’on peut qualifier de cruelle, une femme presque enfant est confrontée aux conséquences les plus extrêmes de sa révolte contre la société, la famille, l’Amérique, contre elle-même aussi, contre une part inacceptable de son être. Ce texte, d’une pertinence permanente et d’une dureté rarement exprimée aussi directement dans l’action théâtrale, est mis en scène par Carmen Jolin.

Puis, en octobre, Oxygène, pièce phare parmi toutes celles nées de la plume du prolifique dramaturge russe Ivan Viripaev, sera dirigée par Christian Lapointe. De l’oxygène, quand il en manque, on étouffe, quand il y en a, on parle, on danse, on rappe.  Deux jeunes de notre époque, sur fond d’un vague crime, mais aussi de situations étranges, issues de notre monde chaotique, dansent éperdument leur vie.

Et en janvier, la recréation de Moi, Feuerbach présentée la première fois à Montréal il y a 18 ans, avec dans le rôle titre Gabriel Arcand, maintenant entouré d’une nouvelle distribution. Introspection touchante et sarcastique dans la réalité professionnelle, personnelle et existentielle d’un artiste du théâtre, la pièce donne la parole à Feuerbach, cet acteur qui après plusieurs années d’interruption de son travail se heurte à la nouvelle réalité théâtrale contemporaine qui n’est pas certaine de pouvoir lui donner sa place à nouveau. Mais Feuerbach lutte, il prie, il cherche l’absolution et l’acceptation. Téo Spychalski remet en scène cette pièce poignante de Tankred Dorst.

 

Spectacles du volet accueil / scène principale

Trois productions en codiffusion complètent la programmation de la scène principale. L’une d’elle jumelle les arts du cirque à ceux de la parole et du mouvement. Le voyage d’hiver par le groupe Nord Nord Est ne vise pas à éblouir par des performances acrobatiques spectaculaires, mais propose plutôt un « voyage » dans l’imaginaire d’un poème scénique.

Puis, un texte de David Mamet, Oleanna, toujours pleinement contemporain, produit par le théâtre du Vaisseau d’or, met en scène un professeur et son étudiante emportés dans un jeu de pouvoir sur fond d’abus et de désir de réussite.

Pour terminer, Roland Shimmelpfennig, représentant de la nouvelle dramaturgie allemande, avec Le dragon d’or, est présenté par le Théâtre Décalage et les Productions Quitte ou double.  La pièce questionne les codes habituels du théâtre dans une histoire rocambolesque et dénonciatrice.

 

Dans la Salle intime

C’est avec la reprise de L’ouest solitaire de Martin McDonagh, présentée par le théâtre Bistouri la saison dernière, que s’ouvre le bal. Des dialogues serrés et crus, une mise en scène précise, aigüe de Sébastien Gauthier.

Nous entendrons ensuite la voix mystérieuse du Norvégien Jon Fosse – peu joué au Québec – dans une proposition scénique de Aglaia Romanovskaia ; celle de Tennessee Williams dans une version revisitée de La ménagerie de verre par Yan Rompré du Tg_2 Théâtre ;  celle également de la très jeune américaine, Annie Baker, production de la compagnie LAB87, mise en scène de Jean-Simon Traversy ; puis celle plus connue du Français d’origine roumaine Matéi Visniec, avec son humour inquiétant et l’apparente légèreté de ses histoires, mise en scène de Édith Côté-Demers du Théâtre du chantier. Nous découvrirons aussi la pièce du Belge Marcel Cremer, La Femme corbeau, sous la direction de Milena Buziak et trois textes québécois, ceux de Simon Boulerice, d’Eugénie Beaudry et de Robin Aubert. Pig aborde le thème de la foi par un chemin surprenant et très inusité, la pièce sera dirigée par Gaétan Paré ; Le trou présente « un combat atypique au pays des asociaux »,  dans  une mise en scène de l’auteure ; Le chant de meu, par une jeune compagnie sise dans les Hautes Laurentides, représente de manière intimiste et percutante, le milieu rural et forestier dans lequel elle opère ; la mise en scène sera de Benoît Desjardins.

 

En marge de la programmation

Le Prospero accueille, cette saison, la Maison Théâtre et les compagnies de danse Tangente et Danse-Cité l’instant de quelques pas, pour l’amorce de rencontres nouvelles…

 

De nombreux rendez-vous auxquels vous êtes conviés de tout cœur.

Carmen Jolin

 


 

« Dans un ordre d’idée : serons-nous encore nombreux à défendre, chacun à sa façon, les artistes par le sérieux de leur engagement, les partenaires et les subventionneurs par un soutien adéquat, cette nécessité de l’action artistique et de la diversité de ses approches dans notre société québécoise ? On l’affirme, oui, et très fort ; on l’entend dire, oui, mais est-ce si certain ?
Toutes les étoiles du firmament ne brillent pas, et pourtant toutes participent de la fantastique énergie cosmique, tout se tient. L’écologie ne cesse d’affirmer que tout est inter-relié. La créativité ne se développe et ne se manifeste pas uniquement dans les grands champs de notre monde sous le soleil évident et brûlant des modes du jour, mais aussi dans les terreaux secrets et fertiles où s’enracinent la diversité et les promesses de nouveautés. »  C. J.