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Mot de la direction

Le choix des œuvres au programme de nos saisons théâtrales s’appuie sur leur caractère spécifique et leurs qualités « existentielles puissantes ». —— La Veillée retrouvera Dostoïevski, compagnon de route de ses premiers pas (L’idiot, puis Crime et châtiment et par la suite, Les démons), le Dostoïevski théâtral, avec sa galerie de personnages excessifs, passionnels, plongés dans l’enfer de l’amour, de la dépendance et du jeu, qui révèle comme nul autre l’extraordinaire et fabuleuse complexité des relations humaines. Cette fois, nous irons à la rencontre de l’univers du Joueur, tandis que parallèlement, dans la salle intime, on pourra assister à une adaptation des Carnets du sous-sol. —— C’est avec Viripaev et sa bouffée d’Oxygène que s’ouvrira la saison, suivi d’un retour vers Thomas Bernhard avec Avant la retraite, nous gardant bien d’enterrer — on le fait trop souvent — le travail encore plein de vie de créations qui viennent tout juste de prendre leur envol. Le Prospero accueillera aussi dans ses deux salles, dix spectacles en codiffusion. On y entendra les voix d’auteurs en provenance de continents et de pays contrastés, l’Écosse, les États-Unis, la Russie, la Roumanie, la Nouvelle-Zélande, le Canada. Poursuivant notre volonté de jouer avec l’ailleurs, avec un théâtre sans frontières qui questionne l’ici, je nous souhaite à tous, artistes et spectateurs, des rencontres vibrantes et fortes.

Carmen Jolin
Directrice artistique

 


Le 40e

Quarante ans se sont écoulés depuis nos débuts ! Le Groupe de la Veillée amorce sa 41e année d’existence, tandis que son théâtre, le Prospero, souligne cette saison le 20e anniversaire de sa reconstruction. —— La Veillée a longtemps été une enclave, une oasis — pas celle de la tranquillité pourtant —, un lieu d’obstinations, voire d’obsessions. Pendant une bonne partie de son histoire, la compagnie a occupé une position d’ « outsider », avec les agréments et désagréments que cela entraîne. Bref, une trajectoire intense, une belle histoire, étonnante, souvent joyeuse. —— Cette position, cette « niche culturelle » a permis à la compagnie de cultiver la différence tout en s’accordant la licence de naviguer librement, à contre-courant parfois d’idées répandues, entre autres celle voulant que le théâtre doive tout faire pour être de plus en plus « populaire », redevable à l’esprit du divertissement ou soumis à ses critères. Eh oui, nous avons joué avec le feu. —— Et La Veillée — il faut rappeler que son nom signifie l’état de veille, d’attention — continue d’exister, bel et bien ouverte aux créateurs hardis et généreux. Nous souhaitons partager, transmettre un esprit de travail tout en favorisant le développement de créations authentiques, audacieuses.


Entre l’ici et l’ailleurs

Entre l’ici et l’ailleurs, le théâtre ; théâtre sans frontières, créateur, miroir de l’ailleurs ; générations co​nfondues, pratiques diversifiées, textes, forces vitales ; humanité dans ses soubresauts, promesse d’une expérience, l’ailleurs terri​torial, culturel, l’ailleurs invisible ; le mystère du réel ; l’ailleurs et la soif de l’ailleurs, la tentation de l’utopie. Le goût de l’ailleurs, la vie ailleurs, la vie des autres, « la vraie vie est ailleurs » Rimbaud le nôtre, l’originalité, la promesse, l’ailleurs que le théâtre inspire, respire, théâtre qui arrache les certitudes, théâtre du dépayse​ment, miroir de l’ailleurs, théâtre qui questionne l’ici, englobe l’ici, nous ramène ici, théâtre, le croisement des générations,  des origines, diversités ; objectif irrévocable : la proximité, l’intimi​té, la rencontre ; vents d’ici vents d’ailleurs, engagement résolu, multitude d’imaginaires ; prise de parole, voyage, périple, dans l’ailleurs, un théâtre du dépaysement, convergence, prise​ de parole contemporaine, la tentation de l’utopie.